Evolution
Originaire de l'est de l'Inde (Orissa), l'Odissi fleurit autrefois comme un art de temple, pratiqué en tant que rituel quotidien par les danseuses sacrées (mahari) qui consacraient leur vie au service du divin. Les superbes reliefs gravés sur les façades des temples, représentant danseuses et musiciens, en témoignent encore aujourd'hui. Comme presque tous les arts nés en Inde, la danse lie de façon intime pratique artistique et spirituelle. Inextricablement liée aux différents mouvements religieux de l'Orissa, l'Odissi a conservé des traces de bouddhisme, tantrisme (bouddhiste et brahmanique), shivaïsme et visnuisme, non seulement dans les figures représentées, mais aussi dans les messages véhiculés.
Au fil du temps, cet art a su conserver ses racines dévotionnelles malgré plusieurs périodes de déclin. En effet jusqu'au 17ème siècle l'Odissi était tenu en haute estime et les danseuses occupaient une position privilégiée dans la société, étant considérées comme les épouses des dieux sur terre. Mais l'Odissi a ensuite progressivement perdu le soutien des princes et nobles locaux et avec la colonisation britannique elle fut même assimilée à de la prostitution et sa pratique fut interdite. Cependant au 20ème siècle avec l'idépendance de l'Inde l'Odissi connait une véritable renaissance: on cherche à faire revivre les arts classiques et à préserver l'heritage culturel. Plusieurs maitres de danse, artistes et universitaires se penchent donc sur sa reconstruction: on retiendra notamment les célèbre Guru Deba Prasad Das, Guru Mayadhar Raut, Guru Pankaj Charan Das, Guru Mahadev Rout, Guru Raghu Dutta et Guru Kelu Charan Mohapatra. Pour cela, ils s'inspirent des traités anciens de danse tels que le Natyashastra ou l'Abbhinaya Darpana, étudient les sculptures des temples ainsi que les traditions vivantes de la danse en Orissa.
Actuellement présenté à travers le monde, ce style unique à la fois classique et contemporain continue de faire des émules et gagne peu à peu la reconnaissance qu'il mérite. En Inde comme en occident, des maitres et des danseurs s'attachent à conserver cette riche tradition, tout en l'enrichissant sans cesse de nouvelles chorégraphies.
Style et caractéristiques
Comme les autres styles classiques de l'Inde, l'Odissi accorde une grande importance au rythme (frappes de pied), à l'expressivité et au symbolisme grâce à l'utilisation des mudras (gestes des mains) qui élaborent un fascinant langage poétique.
L'Odissi se distingue par sa gestuelle ondoyante et son charme féminin, obtenu notamment grâce aux mouvements du buste. Les deux positions de base sont le chouka (position pliée carée, inspirée de la représentation du dieu Jagannath) et le tri bangha (position féminine basée sur trois courbes, en triangle). La danse fusionne les aspect "tandava" (l'aspect masculin et vif, puissant) et "lasya (féminin et gracieux, fluide).
Les chorégraphies, à dominante esthétique (danse pure basée sur un raga ou mélodie) ou expressive (danse basée sur un texte ou poème), sont accompagnées par la musique classique de l'orissa. En addition au chant, les instruments utilisés sont le mardala (percussions) la flute, la veena ou sitar (instrument à cordes) et parfois le violon.
Répertoire
Le repertoire odissi a évolué au fil du temps jusqu'à comprendre cinq sections ou cinq genres de danses différentes:
- Mangalacharan, une pièce d'invocation qui ouvre généralement un spectacle d'Odissi. Après une offrande de fleurs à la Terre mère, la danseuse invoque un dieu puis salue l'audience: les dieux, les maitres de danse et les spectateurs présents.
- Batu ou Stayee, chorégraphies dynamiques de danse pure inspirées principalement des sculptures de temple.
- Pallavi, pièce maitresse de la danse pure qui valorise la subtilité de la technique odissi. Lyriques et gracieuses, les chorégraphies se dévelloppent de pair avec la mélodie, ou raga.
- Abhinaya, danse expressive décrivant un épisode de la mythologie hindoue ou invoquant une déité en particulier. Faisant appel à la variété des sentiments humains et aux émotions les plus profondes, elle délivre généralement un message et constitue la pièce centrale d'un récital.
- Mokshya, qui siginifie "libération" ou "éveil spirituel", but originel de la danse en Inde. Cette pièce conclue un récital odissi en offrant une prière de souhaits après une partie de danse pure effectuée à un rythme rapide.

